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L'INVITE
Jean-Marc Savi de Tové, Directeur de portefeuille chez CDC Group plc Version imprimable Votre adresse mail
Écrit par focusinfos.com   
07-09-2009

CDC Group plc est une institution financière britannique de développement. Jean-Marc Savi de Tové y est responsable pour l’Afrique du nord, de l’ouest et du centre. Il s’exprime ici en son nom propre

Parlez-nous du CDC, l’institution dans laquelle vous travaillez

Créée en 1948, CDC Group plc est la première institution financière de développement à avoir vu le jour. C’est aussi l’une des plus africaines, car 56% de notre portefeuille de 3,5 milliards de dollars sont investis sur le continent. Notre actionnaire unique est le gouvernement britannique, via DfiD (Department for International Development). Bien qu’appartenant à l’Etat, nous opérons comme une société privée, et par conséquent avons un conseil d’administration composé essentiellement de personnalités de haut calibre issues de la banque d’investissement, ainsi qu’un économiste, spécialiste du développement.

Le développement du secteur privé est au cœur de notre stratégie. Depuis Tony Blair, les gouvernants britanniques ont reconnu que lutter contre la pauvreté et se développer, c’est tout d’abord développer son secteur privé. Notre action se résume dans cette phrase de Gordon Brown, prononcée en 2007 aux Nations Unies: “...perhaps for too long we have talked the language of development without defining its starting point in wealth creation – the dignity of individuals empowered to trade and be economically self-sufficient”. En gros le point de départ de l’action de CDC Group est la création de richesse, qui seule permet de créer des emplois, payer des impôts, et financer les services publics. La mission de CDC Group est donc de créer de la richesse, largement partagée, dans les pays émergents, surtout les plus pauvres, en investissant de façon soutenable dans le secteur privé de ces pays. Sur la période 2009-2013, notre double objectif est d’allouer plus de 75% de nos nouveaux investissements aux pays les plus pauvres, et au moins 50% à l’Afrique au sud du Sahara.

Quels sont les domaines prioritaires dans lesquels vous intervenez ?

Depuis 2004, nous opérons essentiellement comme un fonds de fonds de capital investissement. En gros, nous investissons dans des fonds qui à leur tour investissent dans des sociétés non cotées en bourse. Le capital investissement ou private equity est un outil puissant de développement. Il permet de doter des entreprises petites ou grandes de ressources longues, et d’améliorer leur gouvernance. J’insiste sur l’amélioration de la gouvernance, car elle permet de  mieux valoriser les sociétés, surtout dans les pays émergents, ou la perception du risque est supérieure au risque réel du fait de la forte asymétrie d’informations entre investisseurs et porteurs de projets. Le private equity est un métier spécialisé de la finance, qui consiste à devenir un partenaire à part entière de l’entreprise financée, et ceci pour une période déterminée. En gros, au moment même où le partenariat est scellé, les termes de la séparation sont déjà indiqués. Cela permet aux différentes parties d’avoir une certaine pression, permettant une plus grande culture du résultat dans l’entreprise financée.

Pour nous, le fait d’investir dans ce type de fonds permet une efficience accrue de l’emploi de nos capitaux. En cinq ans, notre équipe est passée d’une à sept personnes et nous avons investi 1,9 milliards de dollars (environ 900 milliards de francs CFA) dans 44 fonds africains. A leur tour, ces fonds déploient les sommes levées et, au travers d’eux, nous sommes indirectement actionnaires de plus de 260 sociétés africaines opérant dans 28 pays dont le Togo. Ces entreprises ont créé plus de 100 000 emplois, et payé des milliards de francs CFA d’impôts aux Etats.

Nous sommes exposés à la plupart des secteurs qui tirent la croissance de nos pays: télécoms, banques, immobilier, industries extractives, services publics, etc. En considérant le capital déployé à ce jour, notre plus grande exposition pays est le Nigéria, avec plus de 80 milliards de francs CFA investis dans une quarantaine d’entreprises. Etant donné que nous investissons surtout dans des fonds gérés par des professionnels africains, nous contribuons aussi au retour des élites vers le continent. Eux-mêmes aident d’autres professionnels africains en accompagnant leurs entreprises. L’argent que nous gagnons est réinvesti dans de nouveaux fonds. Et le fait que nous en gagnions permet au secteur privé étranger de percevoir l’Afrique différemment. C’est un cercle relativement vertueux, malgré les difficultés.

Sur quels critères octroyez-vous vos financements et quels sont les pays qui en sont bénéficiaires ?

Nos critères d’investissements sont simples: nous recherchons des équipes de professionnels expérimentés dans les métiers d’investissement, de préférence en capital investissement, et capables d’investir de façon rentable, tout en respectant des standards internationaux de gouvernance et de respect de normes environnementales et sociales. Nous pensons que l’Afrique ne pourra être construite que par des Africains, mais que ceux-ci devront au préalable être compétitifs à l’échelle mondiale pour pouvoir attirer des capitaux privés étrangers dans les fonds qu’ils gèrent. Une fois ces équipes trouvées, nous évaluons leur expérience et performance passées (« track-record » en anglais), la cohésion de l’équipe, et sa solidité dans le temps, la stratégie d’investissement, les standards éthiques et de gestion, etc. Tout ce processus d’évaluation est communément appelé « due diligence ». Enfin, nous nous assurons au travers de la documentation juridique que nous avons des intérêts convergents sur la durée de notre investissement.

En termes de pays, l’Afrique au sud du Sahara est au cœur de notre stratégie. Les pays les plus à même d’attirer nos capitaux sont ceux dont un PIB par habitant inférieur à 905 dollars, et le Togo en fait partie. Le critère de PIB par tête fait que l’Afrique de l’ouest et celle de l’Est sont prioritaires.


Comment un pays comme le Togo, dont l’économie tourne au ralenti depuis des années peut-il attirer vos financements ?

Comme mentionné plus haut, nous n’investissons pas directement dans des entreprises. Les fonds que nous choisissons sont donc la cible à privilégier par les entreprises togolaises. Il est vrai que peu de fonds africains de private equity ont choisi d’investir au Togo, alors qu’ils ont levé plus de 13 milliards de dollars ces dernières années. Bien sûr des entreprises comme Ecobank, Financial Bank, NSIA ou Moov ont bénéficié de soutiens financiers de ce type de fonds, et créé des filiales au Togo. C’est déjà ça, mais c’est loin, en proportion, par rapport à des pays comme le Nigéria, le Sénégal, et le Ghana qui ont attiré une part beaucoup plus élevée de nos investissements.

Nous avons essayé par le passé d’investir dans Cauris Croissance, un fonds géré par Cauris Management, équipe basée à Lomé. Ce fonds a pour actionnaires principaux la BOAD et FMO, notre équivalent néerlandais. Malgré la qualité de l’équipe de gestion, la structure de gouvernance et le régime fiscal auquel est soumis le fonds ne sont pas attractifs par rapport à ce que nous voyons ailleurs en Afrique. Il s’agit donc d’être compétitif, par rapport à d’autres pays africains. Cauris Croissance est d’ailleurs investisseur minoritaire dans Moov Togo, dont l’actualité ne permet pas d’améliorer le profil du Togo en tant que destination privilégiée de capitaux privés.

La suspension du deuxième opérateur de téléphonie mobile d’un pays contribue à réduire à sa croissance, et à signaler au secteur privé national et étranger des risques importants de collusion avec l’Etat, malgré l’existence de textes de loi. Que l’Etat ait raison ou pas ne change pas ce type d’analyse car des dispositifs doivent exister qui permettent d’éviter qu’une société ne puisse plus opérer du fait d’un différend commercial (récurrent, de part sa nature) et que le consommateur ne puisse plus remplir librement sa fonction d’agent économique. Autrement dit, l’Etat peut perdre de sa crédibilité en affirmant qu’il a laissé opérer pendant deux ans une entreprise qui selon republicoftogo.com est hors la loi, mais qui en même temps emploie directement 200 personnes, permet à des milliers de personnes de communiquer et faire du business, et paye des impôts…à l’Etat. Une solution rapide sera la bienvenue car cette situation nous coûte à tous des points de croissance. Le pire serait que le groupe Etisalat passe cette petite filiale togolaise en pertes et profit.

Au delà des conséquences immédiates pour les employés (directs et indirects), les clients, et fournisseurs, il y aura perte en capital pour les actionnaires institutionnels minoritaires qui gèrent de l’argent pour le compte de la BOAD, FMO, mais aussi, et de façon indirecte pour l’Agence Française de Développement, la Société Financière Internationale, la Banque Européenne d’Investissement, etc. Faut-il rappeler que tous ces partenaires nous aident aujourd’hui à sortir de notre misère. Quand cette affaire sera réglée, il faudra se demander pourquoi de Londres, il coûte trois fois plus cher d’appeler Lomé que d’appeler Dakar. En gros, pour toutes les entreprises internationales pour lesquelles les coûts de communication sont un poste de charges important, il est plus simple d’aller s’installer à Dakar. J’espère qu’au travers de ce cas d’actualité qu’est Moov, je dépeins un peu ce que doit faire le Togo pour attirer beaucoup plus de capitaux, ce qui permettra au final, plus d’emploi, plus d’impôts, plus de routes, etc.

Nous devons garder à l’esprit que les capitaux des partenaires au développement sont importants, mais répondent essentiellement à des besoins de court terme. Se développer ne peut passer que par une croissance soutenue du secteur privé. Le secteur privé se développera uniquement avec des capitaux privés togolais et étrangers. J’en profite pour souligner l’importance cruciale de la diaspora, qui a soutenu comme partout ailleurs en Afrique la consommation des ménages, mais si on imagine que 2 millions de togolais de l’étranger (chiffre republicoftogo.com), peuvent investir en moyenne 1000 dollars par an, et bien, c’est en tout 2 milliards de dollars d’investissements productifs, soit l’équivalent du PIB annuel du Togo. Le Togo doit se rapprocher de sa diaspora, et commencer à faire la cour à sa source la plus importante d’investissement.


En tant que spécialiste, quelles sont les mesures  que notre pays doit prendre pour relancer rapidement l’activité économique ?

Il s’agit non seulement de relancer rapidement la croissance, mais aussi de prendre aujourd’hui les mesures nécessaires à une croissance forte et soutenue à long terme. Après avoir, grâce à mon métier visité les quatre coins du continent, visité quelques pays d’Asie, et rencontré de nombreux responsables économiques et du secteur privé dans ces pays, je me dis que le challenge peut être relevé, mais que la volonté concomitante du plus grand nombre, dirigeants politiques comme acteurs économiques est nécessaire. Le constat de départ est que malgré l’apaisement social que nous connaissons, pour un investisseur institutionnel, le handicap majeur du Togo reste le manque de visibilité sur le moyen-long terme. Le Togo reste une destination d’investissement incertaine, dans un environnement concurrentiel certain. Comme disent les anglo-saxons, «capital is smart». Nous manquons de managers et de main d’œuvre qualifiée, de réseaux télécoms fiables et moins chers, d’électricité moins cher, de routes, bref, de prime abord, un tableau très sombre, voire déprimant. Première lueur d’espoir, les gérants de fonds de la place de Londres, principale place financière mondiale qui s’intéresse à l’Afrique connaissent Lomé, grâce à Ecobank!

Comme le dit un ami togolais de grande qualité, c’est juste une question de vision, de leadership, de masse critique, de capacité d’implémentation, et de sérieux. Chacun a son analyse sur la vision et le leadership. Je pourrais y passer des heures.

La croissance est le plus puissant moteur de développement et de réduction de la pauvreté. Le DSRP (Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté) togolais est bien écrit, par des professionnels togolais, mais il fait peu de place au secteur privé. Au delà des actions de court terme, qui serviront essentiellement à remettre en selle les plus faibles d’entre nous pour une courte période de temps, le gros de l’effort doit aller vers le secteur privé. La seconde critique, qui se veut tout aussi constructive, c’est qu’avec un sens un peu plus aigu de l’urgence, et une meilleure capacité à se concentrer sur les actions qui ont véritablement de l’impact, on peut aller plus vite. Le Botswana, le Ghana, le Maroc, le Sénégal, le Nigéria, le Burkina Faso, l’Egypte, et bien d’autres ont fait des progrès considérables, parfois extraordinaires ces dernières années.

J’ai eu l’honneur de rencontrer lors de mes fréquents voyages au Nigéria certains membres de la cellule qui a établi la vision économique actuelle de notre grand voisin. Ils l’ont fait tout au début du premier mandat civil du président Obasanjo. Tous sont des professionnels de calibre international, dotés d’une foi extraordinaire dans leur pays, ceci même pendant les années les plus sombres. Leur travail a aidé à positionner leur pays comme une des puissances émergentes futures, après les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). Des milliers de talents sont rentrés, y compris la fameuse Ngozi Iweala, qui a négocié, en tant que ministre des finances, la réduction de plus de $30 milliards de dollars du pays et assaini les finances nationales. S’en sont suivies des réformes tout azimut, banques, assurances, pétrole et gaz, petites et moyennes entreprises, foncier, administration, etc. Ces actions ont été accompagnées d’une coordination importante de l’Etat, favorisée par l’embauche en son sein de techniciens de haut niveau, motivés au résultat.

Le Nigéria, pays qui faisait peur, devient petit à petit un pays qui attire, et ceci malgré l’énormité des difficultés. Le réveil du Nigéria s’opère dorénavant, grâce à des hommes et femmes de mission, y compris le nouveau gouverneur de leur banque centrale, qui vient de prendre la décision inédite de licencier et poursuivre en justice une soixantaine de dirigeants de cinq banques. L’histoire économique récente du Ghana ou du Maroc est tout aussi édifiante, celle du Nigéria est la plus intéressante pour nous togolais, pour deux raisons : 1) notre grand voisin va tellement rythmer notre quotidien dans quelques années, qu’il est serait bon de s’y préparer dès aujourd’hui et 2) c’est un pays dont les challenges il y a encore 10 ans paraissaient tout a fait insurmontables.

Notre pays est petit en taille, mais Singapour, le Botswana, Maurice ou la Tunisie le sont aussi. Leur avantage ? La qualité exceptionnelle de l’éducation des populations, et une vision bien articulée. Pour ce qui est de l’éducation, on ne peut commencer qu’en important un peu de capacité intellectuelle nécessaire au décollage de la machine, qu’elle soit nationale ou étrangère. Pour ce qui est de l’articulation de notre vision à moyen long terme, des cabinets de conseil tels Performance Consulting du brillant sénégalais Victor Ndiaye, ou McKinsey, où travaille le non moins brillant Acha Leke, un citoyen du Cameroun pourront être d’une aide précieuse et nous faire gagner du temps. Nous saurons en un rien de temps les avantages compétitifs réels de notre pays, et les secteurs sur lesquels notre action devrait se concentrer le plus. Il s’agira alors de savoir se vendre, et de savoir délivrer ce que l’on vend, encore une fois en recrutant les meilleurs spécialistes togolais et/ou étrangers.

Une importante réduction de l’endettement du pays se prépare, avec le point d’achèvement de l’initiative PPTE. C’est l’occasion de requérir une notation (rating) de notre risque de signature, c'est-à-dire une évaluation du risque que prend l’investisseur qui achète de la dette togolaise. Le rating, ce passage obligatoire pour faire partie de la famille mondiale des pays dans lesquels on peut investir, permettra enfin au Togo d’entrer au sein de la communauté financière internationale, qui a besoin de repères, d’un « benchmark », pour prendre des décisions d’investissement. La notation permet de lever de l’argent plus facilement, et en même temps d’apprendre à réduire le loyer de cet argent.

Les capitaux privés sont par nature moins concessionnels que les prêts des partenaires au développement. Ils nous poussent  à nous dépasser, et à éloigner l’Etat de son insolvabilité chronique. Ils permettent bien aussi un investissement rentable et massif dans les facteurs de production nécessaires à notre compétitivité future, facteurs humains, électricité, routes, télécoms. Malheureusement, en 50 ans d’indépendance, le Togo s’est beaucoup essayé à l’argent facile, celui qui nous est donné sans effort véritable de notre part. « Dead Aid », le livre de la zambienne Dambisa Moyo est d’ailleurs très éclairant sur ce sujet. Malgré quelques petits passages peu convaincants, ce livre nous permet une bonne fois pour toutes de comprendre que l’aide est l’ami de notre enfance, mais peut nous y maintenir toute notre vie. Ce n’est pas le premier outil de développement. Moyo nous permet de nous faire une idée précise de pourquoi le Rwanda se développe rapidement, et pas le Togo. La version française de ce livre sort le 16 septembre sous le titre « l’Aide fatale ».

Le secteur privé sait reconnaître tous ces signes qui lui permettent d’investir, et de nourrir la croissance, l’emploi, et le bien-être de chacun. Comme le Sénégal, nous devrions nous soucier de l’amélioration rapide du climat des affaires et confier à une structure spécialisée, la gestion de l’image du Togo en tant que destination d’investissement. Cette structure, parce que composée de professionnels qui comprennent la donne internationale, pourrait également conseiller le gouvernement, et le secteur privé national sur des actions précises vis-à-vis d’investisseurs étrangers. La SAZOF est peut-être trop peu outillée pour remplir ce rôle.

Comme le Sénégal et le Ghana, nous devrions faciliter les procédures de création d’entreprise. Je sais aujourd’hui, grâce à mon mécanicien à Lomé, que le poids des procédures et des impôts sont tels que jamais il ne créera une structure formelle, alors que son business marche très bien. Il n’a pas hésité à me dire que c’était l’élément principal qui l’empêchait d’entrer dans le secteur formel. C’est l’Etat, c’est-à-dire chaque togolais qui y perd. Doing Business publié par la Banque Mondiale et qui mesure la réglementation des affaires dans 181 pays nous apprend que le Togo est passé de la 159e place en 2008 à la 163e place en 2009. Selon cette étude, Le coût de création d’une société s’élève à 2,5x le revenu moyen par habitant, et il faut passer par 13 procédures pour y arriver, contre 4 au pays de la Terranga. Il nous faut en moyenne 295 jours pour obtenir un titre foncier, contre 34 au Ghana, et 11 au Botswana.

Or un titre foncier permettrait à un soit disant pauvre paysan de donner des garanties à une banque, et d’emprunter pour enfin se battre et changer sa vie. C’est probablement cette réforme qui sera la plus puissante pour permettre à nos agriculteurs (le plus gros de la population active) d’enclencher leur processus de sortie du cercle vicieux de la pauvreté. Fondamentalement, nos partenaires habituels, ainsi que ICF (Investment Climate Facility) restent disponibles pour nous aider à améliorer rapidement le climat des affaires, à condition que nous en ayons l’ambition.

A nous togolais de prendre la décision de véritablement libérer nos forces productives, et de renforcer les capacités humaines nationales, pas mal émoussées par des années de crise politique et économique. Le reconnaître sera déjà un pas important. En faire le thème des échéances politiques de 2010 est obligatoire. Ce n’est pas seulement l’affaire du gouvernement ou de notre administration. En cela, il est bon de voir que le secteur privé togolais commence à s’organiser et que certains togolais font preuve d’une ingéniosité incroyable.


Vous faites partie des compétences togolaises qui sont aujourd’hui à l’extérieur. Quelle analyse faites-vous de la situation politique, sociale et économique qui prévaut au Togo.

J’ai dépeint plus haut ce que je pense de la situation économique et de ce que d’autres pays ont fait. L’impact social de notre longue crise est dévastateur: 61% de pauvres, perte de repères sociaux, augmentation de la criminalité, fuite inexorable de cerveaux, les plus forts et des plus talentueux d’entre nous ayant tous cherché à se réaliser sous des cieux plus cléments.

Le manque de renouvellement de la classe politique, surtout d’opposition est un exemple criard de nos faiblesses actuelles. Selon le site officiel du pays, nous sommes deux millions à l’extérieur. Pourtant la diaspora ne vote toujours pas, après 20 années de lutte politique acharnée. La classe politique s’est quelque peu infantilisée et a personnalisé tous les enjeux, par épuisement, par dégoût, par manque de choix stratégique des combats à mener. Il faut un peu de sang neuf et beaucoup plus d’optimisme, de volonté d’action. Je crois pourtant que le terrain n’a jamais été autant fertile qu’aujourd’hui pour redéfinir notre avenir.

Seule la masse critique d’optimisme peut nous faire sortir de ce cercle vicieux qui nous a broyé jusqu’ici, et auquel la plupart d’entre a contribué, consciemment ou non. Les marques de bonne volonté devront venir de toutes parts, et cela sans garantie préalable de succès. C’est l’histoire qui se joue ici, l’avenir de nos enfants. Le problème togolais n’est plus seulement le problème de ceux qui nous dirigent, c’est celui de notre manque d’ambition pour nous-mêmes et pour notre pays. Ce que cet homme qu’on appelle Obama aura laissé à l’humanité, surtout noire, c’est cette capacité de se projeter, de ne pas se laisser aller à la facilité, et finalement d’aller chercher au fond de soi cette force qui permet de déplacer les montagnes.

Beaucoup de compatriotes expriment souvent leur envie d’un retour. Selon vous, pourquoi peu franchissent le pas ? Et à titre personnel, à quelles conditions rentreriez-vous pour mettre vos compétences au service de votre pays ?

C’est normal de vouloir rentrer chez soi, surtout lorsque l’on voit ses enfants grandir, et que l’on imagine tout ce que l’on pourrait réaliser chez soi, si certaines conditions étaient remplies.

Ce qui peut paraître aberrant, c’est que beaucoup aspirent au changement, mais agissent chaque jour à l’encontre de leurs aspirations. On ne peut pas se plaindre et continuer de scier la branche sur laquelle on est assis. Par instinct de survie, les plus faibles d’entre nous ont adopté des pratiques contraires à l’idéal et au bien-être commun. C’est le cas de tout pays où la loi a été absente. Cela va néanmoins s’estomper, du fait, encore une fois d’une masse grandissante, qui aura gardé ou appris des pratiques plus saines.

Selon nos métiers, et nos équations personnelles, on peut valablement espérer une première vague de retours juste après la présidentielle de l’année prochaine. Je suis heureux de constater que certains amis, tels le professeur Kako Nubukpo ou le docteur Nano James ont fait un premier pas. Ce sont des pionniers et je salue ici leur courage et leur abnégation. Il est peu facile de rentrer lorsqu’on est devenu mondialement compétitif. Beaucoup ont commencé à rentrer à leur façon, en s’installant par exemple dans des pays voisins. C’est encore un signe positif, que la crise internationale va renforcer, car avec cette crise, nous ne conserverons malheureusement pas tous nos emplois à l’étranger. Il faut rapidement atteindre cette fameuse masse critique qui permettra d’accélérer la construction de notre futur. Je rentrerai au Togo bientôt, le jour où la nécessaire réforme foncière sera faite, et que j’aurais les moyens de m’acheter quelques hectares pour faire de l’agriculture moderne. Très bientôt, Inch’Allah.
 

Dernière mise à jour : ( 07-09-2009 )
 
Jean-Marc Savi de Tové, Directeur de portefeuille chez CDC Group plc Version imprimable Votre adresse mail
Écrit par focusinfos.com   
07-09-2009

CDC Group plc est une institution financière britannique de développement. Jean-Marc Savi de Tové y est responsable pour l’Afrique du nord, de l’ouest et du centre. Il s’exprime ici en son nom propre

Parlez-nous du CDC, l’institution dans laquelle vous travaillez

Créée en 1948, CDC Group plc est la première institution financière de développement à avoir vu le jour. C’est aussi l’une des plus africaines, car 56% de notre portefeuille de 3,5 milliards de dollars sont investis sur le continent. Notre actionnaire unique est le gouvernement britannique, via DfiD (Department for International Development). Bien qu’appartenant à l’Etat, nous opérons comme une société privée, et par conséquent avons un conseil d’administration composé essentiellement de personnalités de haut calibre issues de la banque d’investissement, ainsi qu’un économiste, spécialiste du développement.

Le développement du secteur privé est au cœur de notre stratégie. Depuis Tony Blair, les gouvernants britanniques ont reconnu que lutter contre la pauvreté et se développer, c’est tout d’abord développer son secteur privé. Notre action se résume dans cette phrase de Gordon Brown, prononcée en 2007 aux Nations Unies: “...perhaps for too long we have talked the language of development without defining its starting point in wealth creation – the dignity of individuals empowered to trade and be economically self-sufficient”. En gros le point de départ de l’action de CDC Group est la création de richesse, qui seule permet de créer des emplois, payer des impôts, et financer les services publics. La mission de CDC Group est donc de créer de la richesse, largement partagée, dans les pays émergents, surtout les plus pauvres, en investissant de façon soutenable dans le secteur privé de ces pays. Sur la période 2009-2013, notre double objectif est d’allouer plus de 75% de nos nouveaux investissements aux pays les plus pauvres, et au moins 50% à l’Afrique au sud du Sahara.

Quels sont les domaines prioritaires dans lesquels vous intervenez ?

Depuis 2004, nous opérons essentiellement comme un fonds de fonds de capital investissement. En gros, nous investissons dans des fonds qui à leur tour investissent dans des sociétés non cotées en bourse. Le capital investissement ou private equity est un outil puissant de développement. Il permet de doter des entreprises petites ou grandes de ressources longues, et d’améliorer leur gouvernance. J’insiste sur l’amélioration de la gouvernance, car elle permet de  mieux valoriser les sociétés, surtout dans les pays émergents, ou la perception du risque est supérieure au risque réel du fait de la forte asymétrie d’informations entre investisseurs et porteurs de projets. Le private equity est un métier spécialisé de la finance, qui consiste à devenir un partenaire à part entière de l’entreprise financée, et ceci pour une période déterminée. En gros, au moment même où le partenariat est scellé, les termes de la séparation sont déjà indiqués. Cela permet aux différentes parties d’avoir une certaine pression, permettant une plus grande culture du résultat dans l’entreprise financée.

Pour nous, le fait d’investir dans ce type de fonds permet une efficience accrue de l’emploi de nos capitaux. En cinq ans, notre équipe est passée d’une à sept personnes et nous avons investi 1,9 milliards de dollars (environ 900 milliards de francs CFA) dans 44 fonds africains. A leur tour, ces fonds déploient les sommes levées et, au travers d’eux, nous sommes indirectement actionnaires de plus de 260 sociétés africaines opérant dans 28 pays dont le Togo. Ces entreprises ont créé plus de 100 000 emplois, et payé des milliards de francs CFA d’impôts aux Etats.

Nous sommes exposés à la plupart des secteurs qui tirent la croissance de nos pays: télécoms, banques, immobilier, industries extractives, services publics, etc. En considérant le capital déployé à ce jour, notre plus grande exposition pays est le Nigéria, avec plus de 80 milliards de francs CFA investis dans une quarantaine d’entreprises. Etant donné que nous investissons surtout dans des fonds gérés par des professionnels africains, nous contribuons aussi au retour des élites vers le continent. Eux-mêmes aident d’autres professionnels africains en accompagnant leurs entreprises. L’argent que nous gagnons est réinvesti dans de nouveaux fonds. Et le fait que nous en gagnions permet au secteur privé étranger de percevoir l’Afrique différemment. C’est un cercle relativement vertueux, malgré les difficultés.

Sur quels critères octroyez-vous vos financements et quels sont les pays qui en sont bénéficiaires ?

Nos critères d’investissements sont simples: nous recherchons des équipes de professionnels expérimentés dans les métiers d’investissement, de préférence en capital investissement, et capables d’investir de façon rentable, tout en respectant des standards internationaux de gouvernance et de respect de normes environnementales et sociales. Nous pensons que l’Afrique ne pourra être construite que par des Africains, mais que ceux-ci devront au préalable être compétitifs à l’échelle mondiale pour pouvoir attirer des capitaux privés étrangers dans les fonds qu’ils gèrent. Une fois ces équipes trouvées, nous évaluons leur expérience et performance passées (« track-record » en anglais), la cohésion de l’équipe, et sa solidité dans le temps, la stratégie d’investissement, les standards éthiques et de gestion, etc. Tout ce processus d’évaluation est communément appelé « due diligence ». Enfin, nous nous assurons au travers de la documentation juridique que nous avons des intérêts convergents sur la durée de notre investissement.

En termes de pays, l’Afrique au sud du Sahara est au cœur de notre stratégie. Les pays les plus à même d’attirer nos capitaux sont ceux dont un PIB par habitant inférieur à 905 dollars, et le Togo en fait partie. Le critère de PIB par tête fait que l’Afrique de l’ouest et celle de l’Est sont prioritaires.


Comment un pays comme le Togo, dont l’économie tourne au ralenti depuis des années peut-il attirer vos financements ?

Comme mentionné plus haut, nous n’investissons pas directement dans des entreprises. Les fonds que nous choisissons sont donc la cible à privilégier par les entreprises togolaises. Il est vrai que peu de fonds africains de private equity ont choisi d’investir au Togo, alors qu’ils ont levé plus de 13 milliards de dollars ces dernières années. Bien sûr des entreprises comme Ecobank, Financial Bank, NSIA ou Moov ont bénéficié de soutiens financiers de ce type de fonds, et créé des filiales au Togo. C’est déjà ça, mais c’est loin, en proportion, par rapport à des pays comme le Nigéria, le Sénégal, et le Ghana qui ont attiré une part beaucoup plus élevée de nos investissements.

Nous avons essayé par le passé d’investir dans Cauris Croissance, un fonds géré par Cauris Management, équipe basée à Lomé. Ce fonds a pour actionnaires principaux la BOAD et FMO, notre équivalent néerlandais. Malgré la qualité de l’équipe de gestion, la structure de gouvernance et le régime fiscal auquel est soumis le fonds ne sont pas attractifs par rapport à ce que nous voyons ailleurs en Afrique. Il s’agit donc d’être compétitif, par rapport à d’autres pays africains. Cauris Croissance est d’ailleurs investisseur minoritaire dans Moov Togo, dont l’actualité ne permet pas d’améliorer le profil du Togo en tant que destination privilégiée de capitaux privés.

La suspension du deuxième opérateur de téléphonie mobile d’un pays contribue à réduire à sa croissance, et à signaler au secteur privé national et étranger des risques importants de collusion avec l’Etat, malgré l’existence de textes de loi. Que l’Etat ait raison ou pas ne change pas ce type d’analyse car des dispositifs doivent exister qui permettent d’éviter qu’une société ne puisse plus opérer du fait d’un différend commercial (récurrent, de part sa nature) et que le consommateur ne puisse plus remplir librement sa fonction d’agent économique. Autrement dit, l’Etat peut perdre de sa crédibilité en affirmant qu’il a laissé opérer pendant deux ans une entreprise qui selon republicoftogo.com est hors la loi, mais qui en même temps emploie directement 200 personnes, permet à des milliers de personnes de communiquer et faire du business, et paye des impôts…à l’Etat. Une solution rapide sera la bienvenue car cette situation nous coûte à tous des points de croissance. Le pire serait que le groupe Etisalat passe cette petite filiale togolaise en pertes et profit.

Au delà des conséquences immédiates pour les employés (directs et indirects), les clients, et fournisseurs, il y aura perte en capital pour les actionnaires institutionnels minoritaires qui gèrent de l’argent pour le compte de la BOAD, FMO, mais aussi, et de façon indirecte pour l’Agence Française de Développement, la Société Financière Internationale, la Banque Européenne d’Investissement, etc. Faut-il rappeler que tous ces partenaires nous aident aujourd’hui à sortir de notre misère. Quand cette affaire sera réglée, il faudra se demander pourquoi de Londres, il coûte trois fois plus cher d’appeler Lomé que d’appeler Dakar. En gros, pour toutes les entreprises internationales pour lesquelles les coûts de communication sont un poste de charges important, il est plus simple d’aller s’installer à Dakar. J’espère qu’au travers de ce cas d’actualité qu’est Moov, je dépeins un peu ce que doit faire le Togo pour attirer beaucoup plus de capitaux, ce qui permettra au final, plus d’emploi, plus d’impôts, plus de routes, etc.

Nous devons garder à l’esprit que les capitaux des partenaires au développement sont importants, mais répondent essentiellement à des besoins de court terme. Se développer ne peut passer que par une croissance soutenue du secteur privé. Le secteur privé se développera uniquement avec des capitaux privés togolais et étrangers. J’en profite pour souligner l’importance cruciale de la diaspora, qui a soutenu comme partout ailleurs en Afrique la consommation des ménages, mais si on imagine que 2 millions de togolais de l’étranger (chiffre republicoftogo.com), peuvent investir en moyenne 1000 dollars par an, et bien, c’est en tout 2 milliards de dollars d’investissements productifs, soit l’équivalent du PIB annuel du Togo. Le Togo doit se rapprocher de sa diaspora, et commencer à faire la cour à sa source la plus importante d’investissement.


En tant que spécialiste, quelles sont les mesures  que notre pays doit prendre pour relancer rapidement l’activité économique ?

Il s’agit non seulement de relancer rapidement la croissance, mais aussi de prendre aujourd’hui les mesures nécessaires à une croissance forte et soutenue à long terme. Après avoir, grâce à mon métier visité les quatre coins du continent, visité quelques pays d’Asie, et rencontré de nombreux responsables économiques et du secteur privé dans ces pays, je me dis que le challenge peut être relevé, mais que la volonté concomitante du plus grand nombre, dirigeants politiques comme acteurs économiques est nécessaire. Le constat de départ est que malgré l’apaisement social que nous connaissons, pour un investisseur institutionnel, le handicap majeur du Togo reste le manque de visibilité sur le moyen-long terme. Le Togo reste une destination d’investissement incertaine, dans un environnement concurrentiel certain. Comme disent les anglo-saxons, «capital is smart». Nous manquons de managers et de main d’œuvre qualifiée, de réseaux télécoms fiables et moins chers, d’électricité moins cher, de routes, bref, de prime abord, un tableau très sombre, voire déprimant. Première lueur d’espoir, les gérants de fonds de la place de Londres, principale place financière mondiale qui s’intéresse à l’Afrique connaissent Lomé, grâce à Ecobank!

Comme le dit un ami togolais de grande qualité, c’est juste une question de vision, de leadership, de masse critique, de capacité d’implémentation, et de sérieux. Chacun a son analyse sur la vision et le leadership. Je pourrais y passer des heures.

La croissance est le plus puissant moteur de développement et de réduction de la pauvreté. Le DSRP (Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté) togolais est bien écrit, par des professionnels togolais, mais il fait peu de place au secteur privé. Au delà des actions de court terme, qui serviront essentiellement à remettre en selle les plus faibles d’entre nous pour une courte période de temps, le gros de l’effort doit aller vers le secteur privé. La seconde critique, qui se veut tout aussi constructive, c’est qu’avec un sens un peu plus aigu de l’urgence, et une meilleure capacité à se concentrer sur les actions qui ont véritablement de l’impact, on peut aller plus vite. Le Botswana, le Ghana, le Maroc, le Sénégal, le Nigéria, le Burkina Faso, l’Egypte, et bien d’autres ont fait des progrès considérables, parfois extraordinaires ces dernières années.

J’ai eu l’honneur de rencontrer lors de mes fréquents voyages au Nigéria certains membres de la cellule qui a établi la vision économique actuelle de notre grand voisin. Ils l’ont fait tout au début du premier mandat civil du président Obasanjo. Tous sont des professionnels de calibre international, dotés d’une foi extraordinaire dans leur pays, ceci même pendant les années les plus sombres. Leur travail a aidé à positionner leur pays comme une des puissances émergentes futures, après les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). Des milliers de talents sont rentrés, y compris la fameuse Ngozi Iweala, qui a négocié, en tant que ministre des finances, la réduction de plus de $30 milliards de dollars du pays et assaini les finances nationales. S’en sont suivies des réformes tout azimut, banques, assurances, pétrole et gaz, petites et moyennes entreprises, foncier, administration, etc. Ces actions ont été accompagnées d’une coordination importante de l’Etat, favorisée par l’embauche en son sein de techniciens de haut niveau, motivés au résultat.

Le Nigéria, pays qui faisait peur, devient petit à petit un pays qui attire, et ceci malgré l’énormité des difficultés. Le réveil du Nigéria s’opère dorénavant, grâce à des hommes et femmes de mission, y compris le nouveau gouverneur de leur banque centrale, qui vient de prendre la décision inédite de licencier et poursuivre en justice une soixantaine de dirigeants de cinq banques. L’histoire économique récente du Ghana ou du Maroc est tout aussi édifiante, celle du Nigéria est la plus intéressante pour nous togolais, pour deux raisons : 1) notre grand voisin va tellement rythmer notre quotidien dans quelques années, qu’il est serait bon de s’y préparer dès aujourd’hui et 2) c’est un pays dont les challenges il y a encore 10 ans paraissaient tout a fait insurmontables.

Notre pays est petit en taille, mais Singapour, le Botswana, Maurice ou la Tunisie le sont aussi. Leur avantage ? La qualité exceptionnelle de l’éducation des populations, et une vision bien articulée. Pour ce qui est de l’éducation, on ne peut commencer qu’en important un peu de capacité intellectuelle nécessaire au décollage de la machine, qu’elle soit nationale ou étrangère. Pour ce qui est de l’articulation de notre vision à moyen long terme, des cabinets de conseil tels Performance Consulting du brillant sénégalais Victor Ndiaye, ou McKinsey, où travaille le non moins brillant Acha Leke, un citoyen du Cameroun pourront être d’une aide précieuse et nous faire gagner du temps. Nous saurons en un rien de temps les avantages compétitifs réels de notre pays, et les secteurs sur lesquels notre action devrait se concentrer le plus. Il s’agira alors de savoir se vendre, et de savoir délivrer ce que l’on vend, encore une fois en recrutant les meilleurs spécialistes togolais et/ou étrangers.

Une importante réduction de l’endettement du pays se prépare, avec le point d’achèvement de l’initiative PPTE. C’est l’occasion de requérir une notation (rating) de notre risque de signature, c'est-à-dire une évaluation du risque que prend l’investisseur qui achète de la dette togolaise. Le rating, ce passage obligatoire pour faire partie de la famille mondiale des pays dans lesquels on peut investir, permettra enfin au Togo d’entrer au sein de la communauté financière internationale, qui a besoin de repères, d’un « benchmark », pour prendre des décisions d’investissement. La notation permet de lever de l’argent plus facilement, et en même temps d’apprendre à réduire le loyer de cet argent.

Les capitaux privés sont par nature moins concessionnels que les prêts des partenaires au développement. Ils nous poussent  à nous dépasser, et à éloigner l’Etat de son insolvabilité chronique. Ils permettent bien aussi un investissement rentable et massif dans les facteurs de production nécessaires à notre compétitivité future, facteurs humains, électricité, routes, télécoms. Malheureusement, en 50 ans d’indépendance, le Togo s’est beaucoup essayé à l’argent facile, celui qui nous est donné sans effort véritable de notre part. « Dead Aid », le livre de la zambienne Dambisa Moyo est d’ailleurs très éclairant sur ce sujet. Malgré quelques petits passages peu convaincants, ce livre nous permet une bonne fois pour toutes de comprendre que l’aide est l’ami de notre enfance, mais peut nous y maintenir toute notre vie. Ce n’est pas le premier outil de développement. Moyo nous permet de nous faire une idée précise de pourquoi le Rwanda se développe rapidement, et pas le Togo. La version française de ce livre sort le 16 septembre sous le titre « l’Aide fatale ».

Le secteur privé sait reconnaître tous ces signes qui lui permettent d’investir, et de nourrir la croissance, l’emploi, et le bien-être de chacun. Comme le Sénégal, nous devrions nous soucier de l’amélioration rapide du climat des affaires et confier à une structure spécialisée, la gestion de l’image du Togo en tant que destination d’investissement. Cette structure, parce que composée de professionnels qui comprennent la donne internationale, pourrait également conseiller le gouvernement, et le secteur privé national sur des actions précises vis-à-vis d’investisseurs étrangers. La SAZOF est peut-être trop peu outillée pour remplir ce rôle.

Comme le Sénégal et le Ghana, nous devrions faciliter les procédures de création d’entreprise. Je sais aujourd’hui, grâce à mon mécanicien à Lomé, que le poids des procédures et des impôts sont tels que jamais il ne créera une structure formelle, alors que son business marche très bien. Il n’a pas hésité à me dire que c’était l’élément principal qui l’empêchait d’entrer dans le secteur formel. C’est l’Etat, c’est-à-dire chaque togolais qui y perd. Doing Business publié par la Banque Mondiale et qui mesure la réglementation des affaires dans 181 pays nous apprend que le Togo est passé de la 159e place en 2008 à la 163e place en 2009. Selon cette étude, Le coût de création d’une société s’élève à 2,5x le revenu moyen par habitant, et il faut passer par 13 procédures pour y arriver, contre 4 au pays de la Terranga. Il nous faut en moyenne 295 jours pour obtenir un titre foncier, contre 34 au Ghana, et 11 au Botswana.

Or un titre foncier permettrait à un soit disant pauvre paysan de donner des garanties à une banque, et d’emprunter pour enfin se battre et changer sa vie. C’est probablement cette réforme qui sera la plus puissante pour permettre à nos agriculteurs (le plus gros de la population active) d’enclencher leur processus de sortie du cercle vicieux de la pauvreté. Fondamentalement, nos partenaires habituels, ainsi que ICF (Investment Climate Facility) restent disponibles pour nous aider à améliorer rapidement le climat des affaires, à condition que nous en ayons l’ambition.

A nous togolais de prendre la décision de véritablement libérer nos forces productives, et de renforcer les capacités humaines nationales, pas mal émoussées par des années de crise politique et économique. Le reconnaître sera déjà un pas important. En faire le thème des échéances politiques de 2010 est obligatoire. Ce n’est pas seulement l’affaire du gouvernement ou de notre administration. En cela, il est bon de voir que le secteur privé togolais commence à s’organiser et que certains togolais font preuve d’une ingéniosité incroyable.


Vous faites partie des compétences togolaises qui sont aujourd’hui à l’extérieur. Quelle analyse faites-vous de la situation politique, sociale et économique qui prévaut au Togo.

J’ai dépeint plus haut ce que je pense de la situation économique et de ce que d’autres pays ont fait. L’impact social de notre longue crise est dévastateur: 61% de pauvres, perte de repères sociaux, augmentation de la criminalité, fuite inexorable de cerveaux, les plus forts et des plus talentueux d’entre nous ayant tous cherché à se réaliser sous des cieux plus cléments.

Le manque de renouvellement de la classe politique, surtout d’opposition est un exemple criard de nos faiblesses actuelles. Selon le site officiel du pays, nous sommes deux millions à l’extérieur. Pourtant la diaspora ne vote toujours pas, après 20 années de lutte politique acharnée. La classe politique s’est quelque peu infantilisée et a personnalisé tous les enjeux, par épuisement, par dégoût, par manque de choix stratégique des combats à mener. Il faut un peu de sang neuf et beaucoup plus d’optimisme, de volonté d’action. Je crois pourtant que le terrain n’a jamais été autant fertile qu’aujourd’hui pour redéfinir notre avenir.

Seule la masse critique d’optimisme peut nous faire sortir de ce cercle vicieux qui nous a broyé jusqu’ici, et auquel la plupart d’entre a contribué, consciemment ou non. Les marques de bonne volonté devront venir de toutes parts, et cela sans garantie préalable de succès. C’est l’histoire qui se joue ici, l’avenir de nos enfants. Le problème togolais n’est plus seulement le problème de ceux qui nous dirigent, c’est celui de notre manque d’ambition pour nous-mêmes et pour notre pays. Ce que cet homme qu’on appelle Obama aura laissé à l’humanité, surtout noire, c’est cette capacité de se projeter, de ne pas se laisser aller à la facilité, et finalement d’aller chercher au fond de soi cette force qui permet de déplacer les montagnes.

Beaucoup de compatriotes expriment souvent leur envie d’un retour. Selon vous, pourquoi peu franchissent le pas ? Et à titre personnel, à quelles conditions rentreriez-vous pour mettre vos compétences au service de votre pays ?

C’est normal de vouloir rentrer chez soi, surtout lorsque l’on voit ses enfants grandir, et que l’on imagine tout ce que l’on pourrait réaliser chez soi, si certaines conditions étaient remplies.

Ce qui peut paraître aberrant, c’est que beaucoup aspirent au changement, mais agissent chaque jour à l’encontre de leurs aspirations. On ne peut pas se plaindre et continuer de scier la branche sur laquelle on est assis. Par instinct de survie, les plus faibles d’entre nous ont adopté des pratiques contraires à l’idéal et au bien-être commun. C’est le cas de tout pays où la loi a été absente. Cela va néanmoins s’estomper, du fait, encore une fois d’une masse grandissante, qui aura gardé ou appris des pratiques plus saines.

Selon nos métiers, et nos équations personnelles, on peut valablement espérer une première vague de retours juste après la présidentielle de l’année prochaine. Je suis heureux de constater que certains amis, tels le professeur Kako Nubukpo ou le docteur Nano James ont fait un premier pas. Ce sont des pionniers et je salue ici leur courage et leur abnégation. Il est peu facile de rentrer lorsqu’on est devenu mondialement compétitif. Beaucoup ont commencé à rentrer à leur façon, en s’installant par exemple dans des pays voisins. C’est encore un signe positif, que la crise internationale va renforcer, car avec cette crise, nous ne conserverons malheureusement pas tous nos emplois à l’étranger. Il faut rapidement atteindre cette fameuse masse critique qui permettra d’accélérer la construction de notre futur. Je rentrerai au Togo bientôt, le jour où la nécessaire réforme foncière sera faite, et que j’aurais les moyens de m’acheter quelques hectares pour faire de l’agriculture moderne. Très bientôt, Inch’Allah.
 

 
Dr MARTIN AMOUZOU, Coordinateur provisoire du Congrès Mondial de la Diaspora Togolaise Version imprimable Votre adresse mail
Écrit par Kodjo EPOU pour Focus Infos   
13-07-2009

Pourquoi un Congrès Mondial de la Diaspora, et pourquoi maintenant ?

Je tiens tout d’abord à vous remercier d’avoir bien voulu nous consacrer cette interview pour vous parler du Congrès Mondial de la Diaspora Togolaise (CMDT) dont je suis aujourd’hui le Coordinateur Général Provisoire. Pour répondre à votre question, je dirai que la finalité de  notre démarche est la structuration de la Diaspora Togolaise à travers le monde en un mouvement crédible, efficace et autonome, préfigurant ce qui pourra un jour être la sixième région du Togo.

Le Congrès Mondial de la Diaspora Togolaise, issu de cette dynamique, sera porteur des aspirations légitimes de tous les Togolais de l’extérieur, comme celles de nos compatriotes de l’intérieur. Ce n’est un secret pour personne que ces aspirations, aussi légitimes soient-elles, sont fortement contrariées par les nombreux défis auxquels nos parents, nos compatriotes et le pays tout entier, sont confrontés depuis une quarantaine d’années.

La liste de ces défis est longue, trop longue dans l’esprit de chacun, pour les avoir moult fois ressassés. Le temps est donc venu pour nous, de proposer des solutions satisfaisantes que les populations du Togo attendent. Si chacun retrousse ses manches et prend sa part du travail collectif, nous y gagnerons tous.

Nous allons à ce Congrès avec beaucoup de modestie mais avec une grande détermination, non plus comme à l’accoutumée faire les constats que chacun de nous connaît, mais pour nous atteler aux chantiers des SOLUTIONS POUR LE TOGO. Les solutions aux maux du Togo sont et seront la priorité des priorités au congrès de BONN. 

La diaspora togolaise est diverse et dispersée. Est-il possible de la rassembler autour d'un ou des sujets d'intérêt commun?

Les sujets d’intérêt commun ne manquent pas et nous croyons que la force de la diaspora est justement de pouvoir travailler sur ces questions qui à notre avis, transcendent tous les clivages de notre pays. Nous pensons notamment aux thématiques qui seront développées lors du congrès : Etat de droit et démocratie, santé, éducation, culture et infrastructures qui sont des moteurs de développement. Pendant des décennies, chacun de nous a appris à travailler dans sa « chapelle et pour sa chapelle » ; aujourd’hui, le Togo doit redevenir le centre de convergence de nos préoccupations communes.

D’autres pays comme le Bénin, le Mali pour ne citer que ceux-là, y sont arrivés en ayant une Diaspora organisée transcendant toute obédience politique et les résultats, leurs peuples les leur reconnaissent.


Le Congrès de Bonn est-il motivé par la situation sociale au pays, par l'enjeu de la présidentielle de l'année prochaine ou par les deux.

Sans aucune hésitation, nous pouvons vous affirmer que c’est à cause de la situation socio-politico et économique calamiteuse du Togo que sa diaspora organise ce Congrès. Et  il apparaît que la date de sa tenue est à quelques mois d’une échéance électorale capitale qui retient toutes les attentions.

La diaspora ne peut être insensible aux enjeux de cette échéance de 2010. Comme tout Togolais, nous espérons que cette fois-ci nous aurons des élections libres, transparentes, démocratiques, sans exclusion ni violence. Il est cependant regrettable de constater que les prescriptions de l’APG en termes de réformes constitutionnelles et institutionnelles n’ont pas encore trouvées de traduction concrète.

Bien plus, les actions prises par le pouvoir en place avec le code électoral que vient d’adopter l’Assemblée nationale, ne donnent pas de bons signes. Mais il reste encore du temps au pouvoir pour se rattraper et créer véritablement les conditions d’une alternance démocratique dans notre pays.
 
Quelles analyses faites-vous de l'état de la démocratie au Togo?


La démocratie ou même l’Etat de droit ne se décrète pas. On peut continuer la méthode Coué et clamer sur tous les toits que le Togo est un pays démocratique. La vérité, c’est que la démocratie postule un certain nombre de valeurs simples que sont : la séparation pleine et entière des pouvoirs dans l’Etat, la proclamation et le respect des libertés fondamentales, l’encadrement juridique du pouvoir, l’indépendance de la justice en particulier la justice constitutionnelle, la reconnaissance et le respect de l’opposition, l’organisation à intervalles réguliers d’élections disputées, le respect du suffrage universel etc.

Je constate malheureusement avec vous que ces principes et valeurs sus-énoncés ne sont pas pour l’heure véritablement respectés dans notre pays. Un exemple patent : combien de fois, n’a-t-on pas renvoyé aux calendes grecques les élections locales au Togo ? Quelle est cette démocratie qui bafoue l’organisation même de la cité depuis la cellule communale ? A chacun de juger.

Certains Togolais de la diaspora, pour avoir fait des expériences politiques  douloureuses, sont sceptiques et réservés. Que leur dites-vous?

Nous les comprenons bien, après tant d’années de régime  dictatorial (qualificatif maintenant admis par les tenants même du pouvoir actuel), après ces années de violences, de trahisons et de manœuvres d’intimidations sans véritable lueur d’espoir à l’horizon, la lassitude peut gagner les uns et les autres.

Mais qui peut changer le Togo à la place des Togolais ? Si nous voulons refuser que d’autres prennent encore de mauvaises décisions à notre place, nous devons faire entendre notre voix. Ce congrès est le premier lieu de notre prise de responsabilité comme dirait l’un d’entre nous.

Vous suivez certainement l’actualité au Togo où les populations font face à de sérieux problèmes d’inondations. Quelles réactions avez-vous et quelles solutions proposez-vous pour minimiser à l’avenir les risques ?

Quelle réaction voulez-vous avoir devant de tels drames ? Que de l’indignation et dire que trop c’est trop ! Nous avons vu comme beaucoup de compatriotes certains reportages à la télévision nationale via internet et nous n’avons pas de mots justes pour décrite cette situation.

Mais pour tout vous dire, les inondations qui frappent nos populations, les routes en état de délabrement avancé et les augmentations intempestives des prix de l’essence et autres produits de première nécessité, sont les preuves accablantes de l’incapacité du système en place à apporter des réponses appropriées.

Ce qu’un régime n’a pas pu faire en 5, 10, 15, 20, …, 40 ans, à quoi ça sert de lui ajouter 5 ou 10 ans de plus ? N’est-ce pas un gâchis et du temps perdu! Le régime qui gouverne le Togo depuis 42 ans doit comprendre cette évidence et créer pour une fois les conditions d’une véritable alternance démocratique.

Auriez-vous un message à  l'endroit du pouvoir à Lomé ?


La situation générale de notre pays, nous en convenons tous, reste encore aujourd’hui très difficile. Nous restons convaincus que la résolution de la grave crise togolaise passe aussi par le respect de la parole donnée. Arrêtons les perpétuels rafistolages et ravalements de façade qui ne cachent en fait une seule réalité : le refus de changement avec cette farouche volonté de défendre les intérêts de la minorité au pouvoir au détriment du peuple.

Regardez tout autour de nous, tous les Etats se développent, le monde entier avance, crée, innove pour faire face aux nouveaux défis mondiaux. Nous, au Togo, nous nous enfonçons de manière suicidaire. Cette situation n’est plus acceptable et ne doit plus durer.

Et puis très souvent, il y a une antienne chantée par le pouvoir à l’endroit de la diaspora : « rentrez au pays pour apporter votre contribution ». A regarder de très près, en l’état actuel des choses, on se demande si les soupapes de survie ne sont pas plus tenues par les Togolais de l’extérieur ? Selon les derniers chiffres, plus de 200 millions d’euros transférés au Togo, quand même ! Mais rassurez-vous, la Diaspora prendra sa part de responsabilité mais n’accomplira pas le devoir du pouvoir de Lomé.

Dr Martin AMOUZOU, je vous remercie d’avoir répondu à nos questions.

Merci à vous de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer au nom du Congrès Mondial de la Diaspora Togolaise dans votre journal. Avec votre permission, je voudrais lancer cet appel à mes chers compatriotes; Togolaises, Togolais de la Diaspora, ce Congrès est le vôtre, c’est un rendez-vous que nous avons avec l’Histoire. Ne le ratez pas ! Et pour bien faire, le site http://www.cmdtogo.org/ vous accueille. Merci.

 

Dernière mise à jour : ( 15-07-2009 )
 
« Les droits de l’homme, c’est reconnaître l’autre en ce qu’il n’est pas identique à moi » Version imprimable Votre adresse mail
Écrit par focusinfos.com   
06-07-2009

Bertrand BADIE, Professeur desUniversités à l’Institut des Sciences Politiques de Paris, a séjourné à Lomé du 9 au 13 juin 2009. Focus Infos a rencontré et échangé avec cet éminent politologue français, spécialiste des relations internationales, dans les locaux du service culturel de l’Ambassade de France, sur la grande question des Droits de l’homme dans les relations internationales.

Professeur BADIE, le thème central d’un des débats auxquels vous avez participé durant votre séjour au Togo, portait sur la problématique des droits de l’homme dans les relations internationales. Comment définiriez-vous la notion de droit de l’homme aujourd’hui ?

La notion de droits de l’homme n’est pas si évidente à définir. Je crois qu’il faut partir d’une idée fondatrice et enrichir ensuite le concept. L’idée fondatrice, c’est celle de reconnaissance de l’autre, celle d’altérité. Et cette idée est tout entière contenue dans la notion de cité.
Les hommes, on le sait depuis fort longtemps, sont faits pour vivre ensemble. C’est pourquoi l’ordre politique suppose le choix de coexistence, qui a été célébré par nos philosophes à travers la très riche notion de contrat social. Je dirai même que, sans coexistence, il n’y a pas d’ordre politique. Il n’y a que de la violence à l’état brut. Les individus passent un contrat entre eux pour vivre ensemble malgré leurs différences.


Et cette restriction est importante parce que les différences d’identité, d’opinion, d’intérêt, poussent souvent les hommes à refuser cette coexistence. Celle-ci est donc un effort de tous les jours, qui ne s’accomplit que si on reconnaît l’autre. C’est-à-dire le droit de l’autre d’être avec des origines, des idées, des opinions, des intérêts différents, avec des goûts et des émotions différents également. Toute l’aventure de l’humanité a été un effort pour reconnaître cette altérité, et lui permettre de s’accomplir.
Pour moi les droits de l’homme partent de cet effort : reconnaître l’autre en cela qu’il n’est pas identique à moi. Si nous étions identiques dans la cité, les droits de l’homme ne seraient pas nécessaires, parce que tout le monde penserait de la même façon, aspirerait aux mêmechoses.


La norme ne ferait donc pas sens et aucun individu ne viendrait mettre en péril la vie de l’autre. Ce qui est du rêve, de l’utopie. Nous sommes dans la cité de la diversité. Et il faut donc absolument construire ce droit et cette reconnaissance de l’altérité. Cette idée prend un relief tout particulier, maintenant que nous sommes dans l’ère de la mondialisation.

Diriez-vous que les droits de l’homme ont connu une évolution dans le temps et dans l’espace ?

Oui, il y a eu évolution. D’abord parce qu’autrefois, la notion de droits de l’homme, si elle cherchait à conquérir l’altérité, se limitait à la cité, votre village, votre tribu, nation, et pas au-delà.
Aujourd’hui, ce droit à l’altérité concerne le monde entier. Il s’agit de savoir effectivement vivre avec l’autre, qu’il soit proche ou lointain, en lui reconnaissant les droits à la différence, les droits à poursuivre ses propres buts. C’est la raison pour laquelle les droits de l’homme avec la mondialisation, ont envahi la scène internationale.
Il s’agit d’un des grands problèmes immédiatement contemporains auxquels nous nous trouvons confrontés. C’est-à-dire, comment faire en sorte que nous vivions dans un monde qui parvienne à protéger la diversité des identités, des intérêts, des opinions, des choix. Il y a alors élargissement de la question posée par l’invention de la Cité pour la poser désormais à l’échelle mondiale.


Mais aussi il y a évolution, parce que les règles même de la coexistence deviennent de plus en plus complexes, de plus en plus sophistiquées.
Nous sommes dans un monde où tout le monde voit tout le monde, grâce aux progrès techniques. Et donc, on ne peut plus comme autrefois, se cacher derrière des paravents, torturer, persécuter, nier l’autre, sans que cela se sache.
Le caractère très exigeant des droits de l’homme aujourd’hui tient à ce que toutes les violations sont visibles. En même temps, cesdroits ne se limitent plus aux libertés individuelles. C’est désormais aussi les droits des personnes âgées à une vie décente alors que la durée de la vie ne cesse de s’allonger.


C’est le droit de tout individu au monde d’avoir un emploi, de se nourrir, de se soigner. C’est dire que nous entrons dans un monde complexe, où les droits de l’homme se diversifient énormément.
On est donc loin de cette vision traditionnelle et individualiste des droits de l’homme d’avant, qui se limitaient à la libre expression des individualités.
Il y a aussi des droits collectifs Par exemple le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Et là vous comprenez l’extraordinaire complexité du sujet.


Tout le monde est spontanément d’accord pour admettre le droit des peuples à disposer de leur destin. Mais il faut se poser la question de savoir ce qu’est un peuple ? A partir de quand avonsnous à faire à un peuple ? Si les Loméens par exemple spontanément décident d’être un peuple, distinct du reste du peuple togolais, qui pourrait objectivement déterminer s’ils ont raison ou s’ils ont tort ?
Personne ne sait ce qu’est un peuple. Et donc parce que la définition des collectivités est une chose très difficile, l’énonciation des droits collectifs est une chose très complexe.

Si vous aviez justement à définir un peuple ?

Vous me piégez-là ! Bien, d’abord je ne lâcherai pas prise tout de suite, et je vous redirai mon embarras. D’un côté il y a le point de vue positiviste et objectif, qui conduit par exemple des responsables espagnol s à dire qu’historiquement ou juridiquement les Basques ne sont pas un peuple, ou encore certains en France à penser que les Corses ne sont pas un peuple.
Puis de l’autre, il y a une vision subjective vers laquelle jem’orienterais, mais qui est difficile à traduire en critères précis. Elle affirmera « je suis un peuple parce que je me sens comme tel».


Dire , y compris au péril de sa vie, y compris en acceptant de verser le sang, qu’on constitue un peuple est une présomption forte d’existence comme tel, distinct de la collectivité à laquelle on est censé appartenir.
Mais alors, la question rebondit tout de suite : quel niveau d’affirmation faut-il atteindre pour qu’on puisse considérer que le peuple s’est effectivement construit, constitué ? Est-ce une majorité 50% plus un ? Est-ce une minorité agissante ? Est-ce la vigueur de la protestation ?


On parlait tout à l’heure de sang versé. Je dirai que le trait caractéristique de la politique, c’estl’oeuvre de résistance. Je crois qu’un peuple naît dans l’esprit de résistance. C’est dire que lorsque cette résistance vient s’inscrire dans l’histoire, elle érige un peuple en collectivité distincte.
Personne ne se trompe sur le fait que les Palestiniens constituent un peuple parce qu’ils ont derrière eux, déjà soixante (60) ans de résistance.

Quelle place occupent les droits de l’homme dans les relations internationales ?

Si vous m’aviez posé cette question il y a une cinquantaine d’années, je vous aurais dit nulle. Les relations internationales pendant très longtemps, ont complètement exclu les droits de l’homme de leur champ. Parce qu’elles se définissaient jusqu’à récemment comme le champ d’affrontement entre les Etats.
Ces Etats souverains qui s’affrontent comme ils l’entendent, en respectant ou en ne respectant pas les droits de l’homme, la morale, les grands principes.
Et du coup, si vous parcourez l’histoire des siècles qui nous ont immédiatement précédés, vous ne trouverez pas de traces des droits de l’homme dans la vie internationale. Si vous prenez par exemple les tragédies comme la première guerre mondiale, treize (13) millions de morts, on parlait très peu des droits de l’homme. Je diraimêmeque les protagonistes qui envoyaient à la mort leurs soldats, ne le faisaient même pas en se réclamant des droits de l’homme.


Pour la deuxième guerre mondiale, le contexte était différent. C’était déjà une transition, parce que si les puissances totalitaires nazies et fascistes ne se réclamaient pas des droits de l’homme, ceux qui les combattaient proclamaient que cette guerre n’était pas seulement entre des Etats, mais une guerre contre une idéologie.
Et la tragédie qui a été celle de la deuxième guerre mondiale avec soixante (60) millions de morts, l’holocauste dont ont été victimes plusieurs populations, notamment le peuple juif, a en quelque sorte, dans la douleur, la violence et le sang, réconcilié les relations internationales avec les droits de l’homme. Et on s’est aperçu qu’effectivement, certaines pratiques politiques étaient tellement extrêmes qu’elles pouvaient dans le champ des relations internationales, conduire à l’annulation pure et simple des droits de l’homme.


Et surtout, les droits de l’homme sont entrés de plain pied dans l e s relat ions internationales, avec la décolonisation et la mondialisation. Pourquoi ? Parce que ne l’oublions pas, nous avons le privilège de vivre dans une époque qui a été la première dans toute l’histoire de l’humanité où justement l’humanité est unifiée. C’est-à-dire que les six milliards d’individus, vivent sur la même scène internationale, avec les mêmes règles, à de rares exceptions.
Et dans cette unification, l’humanité est très int e rdépendant e . Tout l e monde communique avec tout le monde, tout le monde dépend de tout le monde. La souffrance des uns provoque d’une manière ou d’une autre, le malheur des autres également . Et d o n c , d a n s c e t t e interdépendance croissante, tout le monde a besoin de règles communes. D’où cette prolifération de conventions internationales.


Et tout le monde a besoin, au-delà des conventions, de normes communes, de règles du jeu.
Si véritablement le jeu international est unifié, alors il faut des règles du jeu internationales. Ce sont elles que je définissais tout à l’heure en vous présentant les droits de l’homme, c’est-à-dire, régler l’altérité. La mondialisation a été confrontée à ce défi inédit. C’est un peu ça la montée du thème des droits de l’homme dans les relations internationales.
Avec quand même des pér ipét ies . Notamment ce retour de la puissance qui a cru pouvoir instrumentaliser les droits de l’homme, pour en faire un argument, en tous cas, un moyen de pouvoir réaliser de bonnes opérations.

Cette réappropriation du droit et des normes par la puissance, est un phénomène qu’on connaît à l’intérieur même de nos sociétés , qui donne à la mondialisation, une teneur et une importance beaucoup plus fortes. C’est la raison pour laquelle, la situation aujourd’hui n’est pas brillante.
Il faut voir dans cette reconquête du droit par la puissance, la revanche du gladiateur sur le médiateur, peut-être ce retour de la guerre dont nous sommes tous témoins. Voilà où nous en sommes. Est-ce qu’on va connaître une quatrième étape qui sera celle d’un juste retour des droits de l’homme ? Il ne faut pas l’exclure. Car, il y a aussi l’humanité pensante et agissante, de plus en plus mobilisée,informée. Et cette opinion internationale qui devient de plus en plus exigeante.

Dans les rapports de différentes organisations, le tiers-monde est souvent indexé comme le théâtre des violations de ces droits. Y a-t-il peu ou prou une corrélation entre la pauvreté et le non respect des droits de l’homme ?

Les Etats-Unis sont-ils pauvres ? Ecoutez ! Tout ça, c’est de lamystification. On pourrait intellectuellement imaginer ce lien. On pourrait imaginer qu’effectivement le sousdéveloppement, la pauvreté, la précarité, puissent créer des situations de violence, d’arbitraire qui favorisent ou excusent des formes les plus autoritaires de pouvoir. C’est ce que croient bon nombre de gens. Ce qui est fondamentalement faux.


Qui a le plus violé les droits de l’homme dans l’histoire du 20ème siècle ? Ce ne sont pas les pays pauvres. C’est l’Allemagne nazie. C’est l’URSS stalinienne. Nous avons une bien curieuse façon de présenter les choses, de nous arranger pour oublier que les droits de l’homme ont été d’abord violés là où la richesse et la puissance sont constituées.
Il y a en vérité des pays pauvres vertueux et des pays pauvres attentatoires aux droits de l’homme ; des pays riches vertueux et des pays riches attentatoires aux droits de l’homme.
Même dans les pays riches vertueux, il y a ceux qui le sont particulièrement et d’autres qui ne le sont pas du tout. C’est pourquoi je me méfie totalement de ces stéréotypes.

Vous affirmiez lors de votre conférence débat au Centre Culturel Français de Lomé, que certains pays du Nord utilisent les valeurs de droits de l’homme pour revenir vers le Sud, et le mettre sous tutelle. Même si l’exploitation de cette notion à des fins politiques est à dénoncer, n’est-ce pas souvent le seul moyen d’amener certains régimes sourds aux droits fondamentaux, à changer ?

Je pense que les droits de l’homme ne sont solides que lorsqu’ils sont consentis. Je dirais même que ce consentement  est particulièrement exigeant, en ce sens que pour être efficaces, ces droits doivent avoir été inventés, forgés, produits et garantis par ceux qui doivent en faire usage d’une manière ou d’une autre.
Imposer donc les droits de l’homme de l’extérieur, je ne dirai pas qu’il ne faut pas le faire. Sanctionner, je ne dirai pas qu’il ne faut pas le faire non plus. Mais ce n’est qu’une toute petite partie du sujet.

Essentiellement, si nous voulons construire une société de droit, il faut que le contrat social auquel je faisais référence au début de cet échange, soit le producteur premier, fondamental, des normes qui vont permettre à ce droit de prendre consistance.
Si vous imposez le droit par la force, c’est nécessairement l’idée de force qui sera retenue davantage que celle du droit. Ce qui est normal, car quand on vous cogne dessus, et qu’on vous tient des discours, c’est la bosse que vous avez le lendemain qui vous fait mal et non le souvenir des propos qu’on vous aura tenus.

Doit-on comprendre par là que pour vous, les sanctions ne sont ni nécessaires, ni efficaces ?

Entendons-nous bien. Je répète. Je ne dis pas qu’il faut abolir toute forme de sanction. Il y a eu des sanctions qui ont été utiles dans l’histoire de l’humanité. Et après tout, si la communauté internationale n’avait pas du tout sanctionné l’Afrique du Sud de l’Apartheid, nous aurions pris devant l’histoire, une responsabilité considérable. Si la communauté internationale, avait davantage réagi à la montée du nazisme en Allemagne et avait sanctionné l’homme qu’on avait appelé à l’époque, le chancelier Hitler pour les premiers méfaits qui étaient les siens, peut-être n’aurions-nous pas connu ces extrêmes.


Je ne dis donc pas qu’il faut bannir les sanctions. Mais je dis que celles-ci sont accessoires par rapport à l’essentiel, que même appliquées seules, elles conduisent à une vision répressive du droit, et donc à une façon, je dirai, extraordinairement dangereuse de contourner ce qui était à la base même du droit, ce que j’appelais la reconnaissance de
l’altérité.Deuxièmement, la sanction est elle-même porteuse d’effet pervers. Quand vous stigmatisez, vous dénoncez, vous isolez le fauteur, celui qui a manqué au droit, êtes-vous sûrs que vous êtes vous-mêmes sans tâches ? Et même si nous étions dans une situation où celui qui sanctionne est irréprochable, et vient terrasser celui qui a péché, même là, en désignant le fauteur comme criminel, ne risque t-on pas de compliquer le dossier ?


Prenons un exemple précis. En dénonçant le Président Soudanais Omar Al-Bachir de criminel, en le traduisant devant la Cour Internationale de Justice, est-ce qu’on ne commet pas là une triple erreur. D’abord M. Ehud Olmert qui a commis des crimes en Palestine, lui n’a jamais été sanctionné. Puis M. Bachir est en même temps un criminel que l’on stigmatise et un chef d’Etat avec qui on veut négocier. Peut-on en même temps négocier et emprisonner ? C’est absurde.


Enfin, est-ce qu’en stigmatisant et en dénonçant, on ne se paralyse pas ? Car le propre de la dénonciation du criminel, n’est-il pas de supprimer toute forme de transaction ? Sommes-nous prêts à le faire? Il faut surtout trouver ce que nous n’avons pas du tout réussi à faire : le juste équilibre entre l’obligation de sanctionner et l’obligation de faire naître le droit des profondeurs de la société intéressée.
Vous savez, la violence, qu’elle soit illicite ou licite, a toujours ses limites


Dans votre ouvrage “La fin des territoires” vous annonciez, la fin progressive du monopole de l’Etat, au profit d’organisations à dimension internationale. Quelles peuvent en être les conséquences dans les relations internationales et sur la promotion des droits de l’homme ?

Dans le jeu international classique, l’Etat est tout. C’était ou ce serait aujourd’hui en théorie, 192 gladiateurs qui se battraient sur la scène internationale, alors qu’en fait les acteurs sont nombreux, diversifiés, et ne se limitent plus à l’Etat. C’est ce que j’ai voulu dire. Et ça change tout au tout.
De même, puisque vous faites référence à “La fin des territoires” j’ai expliqué que le principe de territorialité ne fonctionnait plus. C’est-àdire que les Etats ne contrôlent plus leurs territoires, à cause des ondes, des sons, des mouvements de populat ions et de marchandises, une mobilité où la territorialité se rétracte en quelque sorte.

Quelle est la conséquence de tout cela ?

En même temps beaucoup et pas tant que ça. Beaucoup, parce qu’il faut s’habituer à laisser une place à des acteurs transnationaux dans la définition des normes, c’est-à-dire donner une place à l’espace public international.
L’opinion publique internationale a son mot à dire. Il en est de même pour les ONG, les grandes entreprises.


Non pas que je considère les entreprises comme productrices de normes et de droits de l’homme. Je veux dire par là que si on ne s’attache pas leurs partenariats dans ce domaine, eh bien, on verra des firmes continuer à faire n’importe quoi, par exemple exploiter les enfants, comme c’est le cas dans beaucoup de pays du tiers-monde.
Maintenant et telle est la réponse à votre question, les relations internationales mobilisent tant d’acteurs différents, dans une relation d’interdépendance, où tout le monde communique avec tout le monde, où l’Etat n’a plus le monopole de la protection des droits de l’homme

Y a-t-il des choix fondamentaux à faire par les Etats, surtout africains pour améliorer leur marche vers le développement et la modernité ?

Difficile question, d’une extrême complexité. C’est tout un monde que vous me posez-là : la question de l a bonne re c e t t e du développement. Je me contenterai de reprendre la réponse que je faisais tout à l’heure à propos des droits de l’homme. Il n’y a pas de développement à l’importation.C’est-àdire qu’on importe pas un modèle de développement comme on importe des automobiles, ou des usines clés en main. Et le grand malaise en la matière est d’abord culturel, avec la difficulté de trouver, de forger son propre modèle de développement.


Lorsque l’Europe s’est développée au 19ème siècle, il n’ y avait pas de modèle qui la précédait. Elle pouvait faire ce qu’elle voulait. Il n’y avait personne pour la contraindre. Elle pouvait agir comme bon lui semblait.
Aujourd’hui le grand problème du développement, c’est que quand vous choisissez de vous développer, vous le faites avec des modèles accomplis qui existent déjà et qui sont connus de tous. Mais je pense fondamentalement que le développement réussi est un développement consenti. Et donc c’est un développement qui se fait en réconciliation avec la société concernée.

Merci, professeurBADIE

C’est moi qui vous remercie. 

 

Dernière mise à jour : ( 06-07-2009 )
 
Monsieur Robert DUSSEY, conseiller diplomatique du Chef de l'Etat Version imprimable Votre adresse mail
Écrit par focusinfos.com   
29-06-2009

Le président Faure Gnassingbé a  achevé le 19 juin  dernier une visite officielle en Allemagne, après plus d´une décennie  de brouille entre Berlin et Lomé, et de sanctions contre notre pays.

Cette visite en Allemagne, Monsieur  Dussey, que représente-t-elle pour le Togo ?

Cette visite à Berlin s´inscrit dans  la relance et l´intensification des relations bilatérales entre le Togo et l´Allemagne. Comme vous le savez, ces relations étaient depuis des années au point mort et pour en arriver à la normalisation, certaines conditions  ont été posées au gouvernement togolais comme le respect des droits de l´Homme, de  démocratisation et de  bonne gouvernance.

Le Président Faure Gnassingbé a su, depuis qu´il est au pouvoir, entreprendre des réformes  politiques et économiques, qui vont dans la bonne voie et redonnent le blason au Togo, blason perdu  après ces années  de sanctions.

Peut-on dire que tous les problèmes entre Berlin et Lomé font partie du passé et qualifiées les relations entre les deux pays de bonnes ?

Le lien qui existe entre le Togo et l´Allemagne est historique et indéniable.  Dans leur passé commun, l´Allemagne et le Togo ont entretenu des relations d´amitié et de coopération.   Et cette visite est la pierre à l´édifice pour intensifier, réactiver  ces relations  pour un avenir meilleur.

Le Président de la République lors de son séjour a eu l´occasion de rencontrer le Président fédéral, la Chancelière ainsi que d´autres personnalités politiques allemandes. Qu’est-il-sorti de ces entretiens ?

Le président fédéral ainsi que la chancelière  se sont entretenus avec que le Chef de l´État sur la situation politique et économique au Togo. Ils ont salué et encouragé le dialogue politique entrepris par ce dernier. Par ailleurs, le gouvernement allemand a mis l´accent sur la préparation et la tenue d´élections libres et transparentes auxquelles participeraient toutes les forces politiques au Togo. Le Président de la République les a rassurés, de son engagement personnel pour  des élections présidentielles pacifiques en 2010.

Et les opérateurs économiques étaient-ils enthousiastes ?

Avec les acteurs économiques allemands, le Chef de l´État a présenté l´importance et  la nécessité d´une coopération bilatérale économique entre les deux pays et invité les investisseurs allemands à  venir au Togo, pour  nous aider à sortir de cette situation de crise économique, après toutes ces années de sanctions. La  coopération économique pourra se concrétiser par  différents projets de développement.

Certains médias vous décrivent comme « l´artisan » de cette visite en Allemagne. L’êtes-vous ?

Pour arriver là où nous en sommes, c´est-à-dire faire le bilan de la visite officielle du Chef de l´État en Allemagne, il faut savoir que préparer une visite officielle et essayer de renouer les liens avec ce pays a été un travail de longue haleine. Si certains médias me décrivent comme « l´artisan » de cette visite, ils n´ont pas tout à fait tort, car en tant que conseiller diplomatique du P.R, mon rôle a été de remettre en route le ballet diplomatique  entre Lomé et Berlin.

Cela a été un travail fait dans les coulisses pendant des années et qui vient de porter ses fruits.  Mais tout cela ne se serait pas fait sans la détermination du Président Faure. Il est le seul qui doit recevoir les félicitations. Je n’ai fait que  mon travail. Mes remerciements vont aussi  au gouvernement allemand, au Ministère fédéral des Affaires étrangères à Berlin, à la fondation Hanns Seidel à Lomé et à Munich, l´Afrika Verein et sans oublier les organisateurs de la  14 ème  rencontre internationale de prière de Berlin, à laquelle  a pris part le Chef de l´État.

 

Dernière mise à jour : ( 29-06-2009 )
 
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